LE CAMPING, OU COMMENT PAYER MOINS CHER EN ÉCHANGE DE SA DIGNITÉ ET DE SOUVENIRS COLLECTOR

(Série d’observation hivernale en attendant les migrations festivalières. Aujourd’hui : le camping de festival, toile humide, voisinage hostile et sommeil conceptuel)

Le camping en festival n’est jamais un choix.

On a beau voir des images Insta de gens chill dans des hamacs. C’est faux.

C’est une conséquence économique. Ou la flemme de conduire.

C’est respectable. Merci aux festivals pour l’option.

Mais personne ne dit volontairement : « chouette, je vais dormir par terre à côté d’inconnus ivres ».

On dit : j’ai pas les moyens. Ou j’ai envie de picoler comme un trou pendant 4 jours.

Et on assume. Et on endure.

Scène 1 : L’arrivée

Après 20 ans de marche ressentis, sous le soleil ou la flotte, avec deux tonnes de matos, tu poses ta tente. N’importe où.

Le sol est :

en pente
dur
déjà occupé spirituellement par quelqu’un d’autre

Tu te dis : « ça ira ».

Mensonge fondateur.

Scène 2 : La tente

Elle est trop petite. Ou trop grande. Jamais adaptée. Rarement étanche.

Le montage est un débat. Les sardines refusent de coopérer.

Il est 16 h. Il fait 38 degrés. Tu transpires déjà.

Tu regrettes.

S’il pleut, c’est pire.

Scène 3 : Le voisinage

à gauche : un groupe qui boit depuis 11 h
à droite : de la techno allemande sur enceinte portable
derrière : un mec torse nu qui n’a jamais dormi depuis la précédente édition
en face : quelqu’un avec une lampe frontale allumée en permanence (raison inconnue)

Le concept de silence n’existe plus.

Bonus : guitare + Wonderwall ou djembé au clair de lune.

Scène 4 : La nuit

Il ne fait jamais noir. Il ne fait jamais calme.

des gens tombent
des gens rient
des gens crient WOOOO
des gens pissent sur ta tente
quelqu’un cherche sa tente (ce n’est jamais la sienne)

Tu dors par fragments. Ton corps reste en alerte.

Scène 5 : Le sol

Le matelas gonflable est un mythe.

Il est soit :

dégonflé
collant
partagé avec ton sac
squatté par quelqu’un que tu ne connais pas

Ton dos prend des décisions radicales.

Scène 6 : Le matin

Il arrive trop tôt. Avec le soleil en pleine face.

Et parfois un type qui pense que le clairon est une direction artistique.

La tente devient un four. Tu suffoques. Tu rampes dehors.

Autour de toi : des corps froissés, des visages détruits, des gens qui regrettent ensemble devant un café froid.

C’est beau. Un peu.

Scène 7 : Le calcul

Tu refais les comptes.

Un hôtel, c’était cher… mais est-ce que ça valait ça ?

Tu n’as pas encore la réponse.

Mais ton corps, oui.

Conclusion

Le camping est le pire endroit du festival.

Mais aussi :

le plus solidaire
le plus vrai
le plus bordélique

C’est là que tu rencontres vraiment les gens. Que tu partages des trucs improbables. Que tu survis ensemble.

Le camping ne te repose pas. Il te forme.

Si tu as de l’argent : fuis.

Si tu n’en as pas : tiens bon.

Tu n’oublieras jamais. Ton système nerveux, encore moins.

Bienvenue au camping.

Là où le festival continue quand la musique s’arrête.

À suivre.

Demain : celui qui veut aider les techniciens. Le cauchemar des pros.

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