LE STAND DE PRÉVENTION, OU COMMENT ENTRER AU FESTIVAL EN REGARDANT SES CHAUSSURES
(Grande gêne, petits sachets et dignité froissée dès l’accueil, mais big up aux bénévoles)
En festival, l’entrée est un moment clé.
Tu arrives chargée. Billet. Sac. Crème solaire. Attentes déraisonnables.
Tu veux entendre du son. Tu veux sentir la foule. Tu veux passer le portique et redevenir un corps.
Et là. Juste là. Avant même la première basse.
Le camion. Blanc. Propre. Sérieux.
Avec des affiches qui disent des mots comme prévention, consentement, alcool, respect, safe place… et parfois IST en sous-titre.
Bienvenue.
Le stand de prévention est toujours placé exactement au mauvais endroit : à l’entrée. Là où tu croises tout le monde.
Tes potes. Tes ex. Ton boss. Le gars avec qui tu as fait un choix discutable en 2018.
Tu n’es pas encore ivre. Tu es parfaitement consciente.
C’est cruel.
Scène 1 : Le regard fuyant
Tu vois le stand. Il te voit.
Tu ralentis imperceptiblement. Tu fais semblant de chercher ton billet. Tu ajustes un truc qui n’existe pas.
Tu te dis : « je repasserai plus tard ».
Mensonge.
Scène 2 : Les bénévoles trop normaux
Ils sont souriants. Calmes. Bienveillants.
Pire : ils n’ont aucun jugement.
Ils disent : « n’hésitez pas ».
Cette phrase est une arme.
Scène 3 : Le moment fatidique
Tu t’approches. Juste un peu.
On te tend un flyer. Avec des schémas. Des mots précis.
Des réalités que tu n’avais pas prévues de convoquer à 18 h 12.
Ton cerveau fait un bond temporel. Il revoit. Il évalue. Il regrette.
Scène 4 : La capote
Elle est là. Dans un petit sachet. Discrète. Silencieuse.
Tu la prends en faisant semblant de rien. Comme si tu ramassais un ticket tombé par terre.
Tu dis : « c’est pas pour moi ».
T’es un mytho.
Personne ne te regarde. Mais tu es persuadée que tout le monde regarde.
Tu la ranges trop vite. Dans un sac trop petit.
Scène 5 : La fuite
Tu remercies. Trop fort.
Tu dis « bonne journée » alors qu’il est 19 h.
Tu t’éloignes. Le cœur battant. La dignité légèrement froissée.
Tu viens de passer un sas. Pas celui de la musique. Celui de la réalité.
Conclusion
Le stand de prévention n’est pas fun. Il n’est pas chill. Il n’est pas instagrammable.
Mais il est utile. Honnête. Nécessaire.
Il ne te demande pas ton mail. Mais il te rappelle, brutalement mais correctement, que tu as un corps. Des fluides. Et une conscience.
Et que ce corps mérite mieux que le déni.
C’est la seule zone du festival où la gêne est un service public.
Alors oui. Tu détournes le regard. Tu ricanes nerveusement. Tu passes vite.
Mais quelque part, tu sais.
Sans ce stand, ce serait pire.
Bienvenue au festival. La basse arrive après. La réalité, elle, était déjà là.
Et bisous aux bénévoles. Ça ne doit pas être simple tous les jours. Merci.
À suivre.
Demain : le mec bourré à 16h. Ou comment claquer 90 euros pour finir à 17h la tête dans une poubelle.
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