L’ENFER MUSICAL EN FAMILLE
(ou comment survivre quand quelqu’un retrouve SES DISQUES)
Ça commence toujours comme ça.
T’as trop bouffé.
T’as envie de faire une sieste.
Quelqu’un dit la phrase maudite :
« Attends… j’ai des disques. »
Silence.
Tu comprends trop tard pour viser les issues de secours.
PHASE 1 : LA FOUILLE (VERSION À PEINE EXAGÉRÉE)
Un meuble s’ouvre.
Un carton ressort.
Il n’a pas été ouvert depuis 1994.
Il sent la naphtaline,
la poussière…
et la certitude.
Dedans, en vrac
(complétez si votre famille a aussi fauté) :
✅ Un best of de Modern Talking (ou assimilés)
Fond sonore de centre commercial allemand.
(rideaux beiges, plantes en plastique, envie de disparaître)
✅ Un orchestre régional en costume traditionnel
Cuivres en attaque, joie obligatoire.
(tu tapes des mains sans savoir pourquoi, tu te détestes)
✅ Une polka ou une valse dite festive
Toujours annoncée comme rigolote.
(aucune pensée possible, cerveau neutralisé)
✅ Un disque de variété européenne chanté en anglais approximatif
Fait pour les cars de touristes et les buffets tièdes.
(tu mâches sans goût, tu regardes le mur)
✅ L’album qu’on mettait aux repas
Jamais choisi, jamais retiré.
(bruit de fond depuis 50 ans, âme en sourdine)
✅ Un best of Michel Sardou période regard sombre
Il te parle comme s’il avait raison.
(malaise civique immédiat)
✅ Une compile 80’s POWER LOVE
Refrains bodybuildés, émotions en majuscules.
(tu veux fuir avant le pont)
✅ Un disque avec un coucher de soleil sur un couple blanc
Ils vont bien. Trop bien.
(la musique aussi, et c’est le problème)
✅ Un album de rock progressif avec 12 minutes de solo de flûte
Très technique.
(tu n’as rien demandé)
PHASE 2 : LA JUSTIFICATION
Toujours la même phrase :
« Mais à l’époque, c’était bien. »
Non.
À l’époque, t’étais jeune.
C’est différent.
PHASE 3 : LE VOLUME
Quelqu’un monte le son pour qu’on en profite.
Personne ne profite.
Tout le monde subit.
Les paroles sont trop claires,
les refrains trop sûrs d’eux,
et la batterie tape comme un mec qui n’a jamais douté.
PHASE 4 : LE COMMENTAIRE INSUPPORTABLE
Pendant le morceau, il y a toujours un expert familial qui lâche :
– Écoute les paroles, quand même…
(non. je les ai entendues. c’est précisément le problème)
– Aujourd’hui, on ne ferait plus ça.
(si. on le fait encore. et c’est toujours aussi gênant)
– Ça, c’est de la vraie musique.
(phrase qui annonce généralement sept minutes de souffrance supplémentaires)
Toi, tu regardes ton verre.
Il est vide.
Comme ton espoir.
PHASE 5 : LE DISQUE SURPRISE
Celui de tes quatorze ans.
Celui qui te fait vraiment mal.
Un truc que tu avais oublié exprès.
Zone radioactive 1986 :
✅ The Final Countdown – Europe
(tu te rappelles exactement pourquoi tu croyais que ça allait commencer maintenant)
✅ Take On Me – a-ha
(le clip passe encore, la chanson te met en PLS émotionnelle)
✅ True – Spandau Ballet
(ralentis hormonaux, regards trop longs, malaise persistant)
✅ Cheri Cheri Lady – Modern Talking
(la honte ne disparaît jamais vraiment)
✅ Holding Back the Years – Simply Red
(à quatorze ans t’avais déjà l’impression d’avoir raté ta vie, c’est louche)
✅ Lady in Red – Chris de Burgh
(interdiction absolue après vingt-deux heures sous peine de confession non maîtrisée)
Celui-là, ce n’est pas un disque.
C’est un flashback non consenti.
Celui où tu envisages de finir la bouteille de gnôle
non pas pour faire la fête,
mais pour effacer 1986 de ta RAM.
FACE À CES ATTAQUES : LA RIPOSTE
✅ Hocher la tête sans écouter
Technique de l’âme qui quitte le corps.
Physiquement présent, mentalement dans la fosse de NIN, rang trois, côté basse.
✅ Aller chercher de l’eau pendant vingt minutes
Au puits. À la fontaine. En Afrique s’il faut.
Mais loin. Très loin.
✅ Proposer un jeu de société
Pour tuer le son.
Et le temps.
Et parfois l’amitié, mais c’est un risque calculé.
✅ Mettre un casque sous prétexte de fatigue
Personne n’osera vérifier.
Noël protège les lâches.
✅ Penser très fort à une basse bien sale
Une ligne qui rétablit la circulation sanguine.
Médicalement recommandé.
✅ Compter
Les mesures.
Chaque love, chaque yeah, chaque youhou.
Chaque pwet pwet de synthé qui commence en Do.
Là, tu te dissocies.
Tu survis.
CONCLUSION
Courage.
Dans quelques jours, tu retourneras dans une salle sombre,
avec un son trop fort
et des gens qui n’expliquent rien.
Et tu iras mieux.
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