GORILLAZ M’ENVOIE À WE LOVE GREEN… ET JE ME SENS AUSSI À L’AISE QUE SEBASTIAN MURPHY EN SÉMINAIRE D’ENTREPRISE

(ou comment Damon Albarn m’oblige à traverser un écosystème hostile plus adapté à une influenceuse qu’à une fille de la fosse)

Bon. J’ai vu l’affiche.

Et je demande officiellement le statut de victime culturelle en danger vital.

GORILLAZ.

Une date française.

Et en face… We Love Green.

WE. LOVE. GREEN.

Le festival où, si tu dis « j’ai envie d’une bière », un mixologue à moustache t’apporte une IPA infusée au lotus dans un gobelet compostable avec un discours sur l’empreinte émotionnelle du houblon.

Le festival où la basse est remplacée par de la vibe, le pogo par de la respiration consciente, et la vie par un kéfir tiède à 11 euros que quelqu’un appelle élixir.

Le festival où, sans ton chiotte portatif premium, ta couronne de fleurs tressée par une naturopathe et ton tote bag en chanvre marqué « I vibe therefore I am », tu as l’impression d’être sale.

We Love Green, c’est un terrarium géant rempli de gens persuadés que monter en énergie consiste à lever les bras lentement pendant qu’un DJ joue un morceau minimaliste à 82 BPM. Pas de vague. Pas de transpi. Pas mauvaises ondes.

Je ne tape pas sur l’écologie, hein.

Je tape sur le « greenwashing à 14 euros le kéfir ». Nuance fondamentale.

Y’en a qui aiment. Tant mieux.

Mais dans cette atmosphère de serre tropicale conceptuelle, Gorillaz débarque comme un orage électrique.

Une anomalie.

Un animal d’un autre monde parachuté dans un habitat conçu pour des gens qui pensent que l’ambiance est une vibe même quand il ne se passe rien.

Parce que Gorillaz vit de glitch, de tension, de fracas doux-amers.
Parce que Gorillaz, c’est du chaos orchestré et de la mélancolie compressée en beats.
Parce que visuellement, c’est du cartoon sale, borderline, dégénéré.

Rien à voir avec un festival qui vend du quinoa bio au prix d’un rein.

Et surtout : Damon Albarn n’a jamais été un We Love Green archétype (même s’il semble apprécier ce festival. Le mystère reste entier).

Damon Albarn, c’est un type :

  • Qui a perdu une dent en se jetant sur un ampli.
  • Qui a composé des chefs-d’œuvre dans des chambres d’hôtel glauques où même la moquette faisait une dépression saisonnière.
  • Qui a failli se battre avec Liam Gallagher en gentleman, mais un gentleman qui aurait quand même retourné la table.
  • Qui a été interdit de stade en Islande pour excès de joie alcoolisée.
  • Qui a créé Gorillaz par dégoût de la pop aseptisée.

Il a d’ailleurs déclaré :

« On regardait MTV, et il n’y avait plus que des gens beaux, lisses, sans âme. Alors on a créé un faux groupe qui serait plus réel que les vrais. »

La genèse de Gorillaz, c’est : anti-pop, anti-image, anti-insta avant Insta.

Une réaction instinctive contre le monde que We Love Green tente parfois d’incarner.

Donc clairement pas un mec qui boit des smoothies pressés à froid.

Mettre Damon Albarn à We Love Green, c’est comme réciter Rimbaud dans un showroom Ikea.

Ça fonctionne, mais tu sens bien qu’il y a une dissonance quelque part.

Si vous me cherchez, je serai en PLS derrière un stand de pickles fermentés, en train de regretter mes choix de vie.

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