GÉNÈRE-TOI UN TALENT (ET FOUTS LA PAIX AUX VRAIS)

(Série sabotage culturel / épisode 1 spéciale musiciens vivants contre IA)

Tu scrolles tranquille, t’as le cerveau entre deux riffs et un ampli en burn-out, et là une pub de merde surgit : « L’iPhone a rendu tout le monde photographe. Suno rend tout le monde musicien ». Bam. Tranquille.

Tu chies deux fois sur des artistes. Donc. Sans honte. Sans friser. En détente.

Alors laisse-moi te répondre au nom du musicien, un vrai, qui m’a envoyé la capture de cette pub apparue dans son fil. Cet homme m’a écrit : « j’ai plus la force… »

J’ai plus la force. Tu sais ce que ça veut dire ?

Alors reprenons. J’ai tout mon temps.

Tout le monde est photographe.
Non. Tout le monde a un téléphone. C’est pas la même chose. Filtrer ton cappuccino en sépia, ça fait pas de toi un artiste, ça fait de toi un contributeur sur Instagram.

Tout le monde est musicien. Ah ?

Tu veux dire : tout le monde peut cliquer sur un bouton « émotion » et empiler des samples aseptisés jusqu’à obtenir un son de pub pour déodorant ?

Tu veux dire : on peut remplacer 30 ans de doute, de stages, de galères de van, par un clic ?

Non, l’IA.

T’as confondu musicien et utilisateur.
Vécu et preset.
Art et PowerPoint sonore.

La vérité : Suno et sa clique ne rendent pas tout le monde musicien. Ils rendent tout le monde interchangeable.

Ce n’est pas un outil de création, c’est une photocopieuse à émotions.

Résultat : tu n’as pas un morceau. Tu as une musique de journée de cohésion en entreprise avec animation automatique et âme par défaut.

Ainsi, laisse-moi te donner 10 raisons pour lesquelles l’IA ne fera jamais de toi un musicien

  • Parce qu’elle recycle plus vite qu’un stagiaire chez NRJ. Elle ne crée rien. C’est le principe. Elle prend la créativité des vrais et fait croire à un gland qu’il a du talent.
  • Parce qu’elle n’a jamais joué dans un bar où le micro sent la bière éventée. Elle ne sait pas ce que c’est de porter sa création devant un public.
  • Parce qu’elle ne doute pas, elle compile. Elle articule. Elle fait des éléments de langage.
  • Parce qu’elle ne rate pas, donc elle n’évolue pas. Donc elle n’a aucune fulgurance. Ni beauté.
  • Parce qu’elle ne connaît pas le frisson d’un accord qui cloche et qui devient sublime. Elle ne connaît pas l’accident qui reste dans un morceau.
  • Parce qu’elle ne saigne pas sur le manche. Elle ne s’arrache pas l’âme à composer.
  • Parce qu’elle n’a pas de groupe, juste une latence. Elle ne sait pas ce que c’est que de se regarder et de comprendre que c’est ça qu’on veut. Ensemble.
  • Parce qu’elle ne respire pas. L’IA ne compose pas, elle agence. Elle ne ressent pas. Elle remplit des cases et elle te flatte.
  • Parce qu’elle n’a jamais trimballé un ampli de 38 kilos dans un métro en panne. Avec des roulettes qui tournent pas. Elles tournent jamais.
  • Parce qu’elle ne sait pas ce que c’est que de sortir un morceau et de se sentir un peu plus vivant.

Tu veux faire un morceau triste ? Va tomber amoureux, plante-toi, dors dans ton van et rejoue-le le lendemain.

Pas besoin d’un plugin. Juste d’une pulsation.

Sinon, si t’es une chèvre sans rythme, tu restes une chèvre. Mais maintenant en stéréo, avec 14 pistes de flan génératif.

Ou alors tu choisis, comme moi, d’écouter et de regarder. C’est moins flatteur. T’es jamais sur la photo, mais au moins t’es réel. Et utile. Et tu laisses faire les gens qui savent.

La musique, la vraie, c’est la fatigue du studio à 4h du matin, le larsen qui explose au mauvais moment, le sustain qui fait perdre le 1, le cri, la faute, le fil trop court et la beauté qui sort d’une catastrophe existentielle.

Et ça, aucun algorithme ne saura jamais le sampler.

Alors pourquoi des musiciens voient ça ?

Comble du non-sens. C’est fou et pas tant que ça. C’est juste paresseux.

L’algorithme ne cible pas des humains.
Il cible des comportements détectés.

Et toi, tu as eu l’audace de :

  • écouter de la musique, souvent
  • aimer des pages de groupes ou d’artistes
  • partager un post avec un ampli dedans
  • cliquer sur un lien Bandcamp
  • commenter « magnifique ligne de basse » quelque part
  • regarder un tuto pour refaire un son de Mogwai ou de Gilla Band à 2h du mat

Résultat pour l’algo :
Intérêt : musique
Donc : cible veut créer de la musique
Donc : pub IA musicale, bullshit génératif à gogo

Ils ne font pas la différence entre un type qui a enregistré un EP dans son garage et un mec qui veut « faire du lo-fi sur Spotify en 2 clics avec son d’ocarina ».

Ils ne comprennent pas ce que c’est que la musique vécue. Ils n’ont aucune conscience du processus créatif. Ils pensent en catégories floues, croisées avec des centres d’intérêt, du temps d’écoute et des engagements.

Et surtout, et c’est là que ça pique, ils pensent que toute passion est une frustration en attente d’être monétisée.

Ils voient ta trace numérique. Et dans leur monde à eux, une trace, c’est un manque à exploiter.

Non, tout n’est pas interchangeable. Tout n’est pas à vendre. Tout n’est pas facile. Tout n’a pas la même valeur.

Et au nom des musiciens qui m’ont fait pleurer l’âme, et à qui je dédie ces quelques mots : je te conchie.

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