Cartographie de fosse
Zones
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LaFosseuse
LA ZONE MERCH, VITALE AUX GROUPES… MAIS TOUJOURS EN TAILLE XS OU 3XL POUR NOUS
(Série d’observation hivernale en attendant les migrations festivalières. Aujourd’hui : la zone merch, là où tu finances la survie d’un groupe en échange d’un textile approximatif.)
La zone merch, ce n’est pas un stand. C’est un checkpoint moral.
Tu arrives euphorique. Transpirante. Encore vibrante.
Et là : un t-shirt noir. Un logo. Un prix qui te rappelle que l’inflation existe.
Et tu sais quoi ? Tu vas quand même sortir la carte.
Parce que la vérité, qu’on oublie trop, c’est que :
Le disque ne paie plus.
Le streaming, c’est du pourboire.
Les plateformes rémunèrent au millième de centime pendant que des mecs en costard rachètent des catalogues.
Pour un groupe indie :
- la tournée est vitale
- le merch est le carburant
Un t-shirt vendu, c’est souvent :
- le plein d’essence
- l’ingé son payé
- le studio réservé
- le prochain album qui existe
Donc non. Acheter du merch, ce n’est pas con. C’est cohérent.
Ce qui est con, en revanche :
- acheter un tote sponsorisé par une banque
- porter un hoodie premium
- et ne jamais soutenir les groupes que tu viens voir
Si tu dois choisir entre fast fashion et groupe en tournée, la question est vite répondue.
La vérité logistique
En réalité, tu fais la queue trois mois parce que :
- il y a un type qui veut absolument savoir si le bootleg de 1992 existe en vinyle couleur « marais post-industriel édition limitée à 14 exemplaires »
- un autre essaye tous les tee-shirts PAR-DESSUS sa doudoune. Ça boudine.
- une meuf demande si le coton est bio, peigné, équitable, neutre en carbone et validé par Greta
- quelqu’un négocie. Un merch. Il négocie un merch.
« Vous prenez les chèques ? »
« Vous faites les paiements en 4 fois ? »
« Je peux vous faire un virement là maintenant ? »
Et toujours :
- le fameux « j’ai qu’un billet » (et pas de fond de caisse, sauf de la monnaie d’un autre continent quand le groupe est en tournée, et « non je veux pas la monnaie roupie »)
- le terminal carte bleue qui CAPTE PAS
- le Wi-Fi du festival qui meurt au moment exact où tu composes ton code
- le mec bourré qui renverse sa bière SUR la pile des M
- le stock qui fond mystérieusement dans la seule taille que tu veux
Le problème universel
Le L disparaît.
On ne sait pas où il va. Il n’existe plus après 19h12.
Tu veux un L. Il reste XS ou 3XL. Classique.
Le vendeur dit :
« Ça taille petit. »
« Ça taille grand. »
Non. Ça taille désespoir.
Et puis il y a les variantes :
- le XS qui colle comme un préservatif mal luné
- le 3XL qui te transforme en drapeau de ralliement
- le modèle « coupe unisexe » qui est en réalité une coupe « mur porteur »
Tu prends quand même. Tu rationalises :
- « Je dormirai avec. » (Tu as déjà 4 pyjamas de groupe.)
- « Ça fera oversize. » (Non. Ça fera sac à pommes de terre.)
- « Je vais me remettre au sport. » (LOL)
- « Je vais le recouper. » (Tu ne le recouperas pas.)
Et parfois, moment sublime : le vendeur te regarde droit dans les yeux et dit : « Il nous reste du XS… mais franchement ça part vite. »
Non. Ça ne part pas vite. Ça survit.
Ou pire encore
Tu arrives le lendemain. Plus rien. Juste une affiche froissée et un tote beige.
Le vendeur te dit : « Fallait venir hier. »
Hier, tu étais en crash barrier en train de vivre ta vie. Donc tu assumes. Mais ça pique.
Bref, le merch, c’est le seul endroit où tu payes 30€ pour être frustré ou mal habillé… et tu es fier.
Et c’est vraiment un acte d’amour.
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