LA ZONE CHILL

(Série hivernale en attendant la migration en fosse : aujourd’hui, la zone chill ou comment un humain normal devient une victime du macramé sonique)

Il y a la fosse. Il y a la scène. Il y a les stands de bière.

Et puis il y a… la Zone Chill.

Cet endroit étrange où, en théorie, tu devrais pouvoir t’asseoir, boire de l’eau, reprendre ton souffle entre deux concerts.

Dans la pratique, c’est une faille spatio-temporelle où le réel se dissout lentement dans l’encens.

Scène 1 : Tu veux juste de l’ombre

Tu arrives avec une intention simple : un banc, un pouf, un coin calme.

Raté.

Un mec en poncho est déjà là. Pieds nus. Micro ouvert. Il produit des sons. Pas de paroles. Des vibrations.

Tu n’as rien demandé. Tu viens d’être enrôlée dans un rite. T’as un peu peur.

Scène 2 : Le concert surprise que personne n’a demandé

Tu pensais te poser.

Un groupe est caché dans des plantes vertes. Trois ukulélés. Des maracas. Une chanteuse qui fait « lalala ».

Tu es coincée dans une pub pour gel douche bio. Tu regrettes la violence. Tu regrettes la sueur. Tu regrettes même les amplis qui saturent.

Scène 4 : Le mandala

Pourquoi.

Pourquoi doit-on colorier en festival ?

Qui a décidé que tu devais te reconnecter à ton enfant intérieur alors que ton enfant intérieur veut une bière et qu’on lui foute la paix.

Des feutres Posca. Des adultes concentrés. Des phrases comme : « Ça fait du bien de créer. »

Non. Ça fait du bien de ne pas être là.

Scène 5 : La musique d’ambiance

Toujours trop lente. Toujours trop sucrée.

Bossa, pop, lo-fi, reprise molle d’un truc que tu aimais avant.

Tu entends ta propre colère respirer.

Les Zones Chill devraient être classées par l’UNESCO dans le patrimoine psycho-agressif.

Scène 6 : Le bar chill

Tu veux de l’eau. Ou une bière.

Mais non.

Voici la carte :

eau aromatisée au concombre
thé vert matcha issu d’une source imaginaire
limonade lavande-bergamote (goût exact de la déception)
kombucha qui sent le compost
smoothie mangue-curcuma à texture de crème solaire
jus pressé à froid à 8 balles, goût regret

Et au centre. Trônant. Fluo. Le Bubble Tea.

Le Bubble Tea n’est pas une boisson. C’est une épreuve.

Tu aspires. Tu mâches. Tu avales. Tu t’interroges sur tes choix de vie.

Des billes gluantes glissent dans ta gorge comme des œufs d’alien. C’est un milk-shake de têtards.

Conclusion

La Zone Chill n’est pas chill. C’est un piège.

Un endroit où le festival essaie de te convertir au bien-être alors que tu veux juste remettre tes cervicales droites avant le concert suivant.

Tu voulais te reposer. Tu es ressortie énervée. Moins hydratée. Et légèrement hostile à l’humanité.

À suivre.

A suivre : spécimen de fosse. Le mec en poncho, ou comment un vêtement peut te faire sentir humide dedans, dehors, et moralement.

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