UKULÉLÉ TA MÈRE ET AUTRES INSTRUMENTS QU’ON N’A PAS DEMANDÉS

(plaidoyer urgent contre la régression musicale non sollicitée, même si je n’ai rien contre le ukulélé, j’ai contre ce qu’on veut que j’en fasse)

Tu scrolles, peinarde.

Tu lis un truc sur un album de The The ou tu regardes si Ditz passe à Lille…

Et là.

BIM.

Une pub avec un barbu en casquette qui te braque un ukulélé en plastique (même pas un truc classe) dans le fil et te dit :

« Apprends à en jouer. »

Pardon ?

Tu crois que parce que j’ai cliqué sur un lien Thomann, j’ai besoin de gratter un petit machin de bois au bord d’un hamac ?

Tu me vois, là, dans un chalet feng shui, avec une infusion au thym et du ukulélé lo-fi dans les oreilles ?

TU ME VOIS ?!

Et cette promesse flan suprême :

« Pas de solfège, pas de pression. »

Mais QUI a demandé de gérer ma pression ?

Je veux pas de solfège.

Je veux pas d’ukulélé.

Je veux PAS de toi.

EN RETOUR, JE PROPOSE

TOP 10 DES INSTRUMENTS QUE LA PUB T’IMPOSE QUAND TU NE DEMANDES RIEN

– Le carillon de pleine conscience en PVC recyclé.
Cling-cling le matin, cling-cling le soir, et à midi on sonne pour rappeler que l’univers s’en fout de ta vie.

– Le kalimba avec boîte en forme de cœur.
Pour jouer des berceuses biodégradables à ton enfant intérieur pendant qu’il crève d’ennui dans un tipi en feutrine sur le Larzac.

– La flûte en bambou bio, amplifiée pour avoir l’air encore plus con en filaire.
Parce qu’une flûte normale, c’est trop mainstream.
Là tu souffles par les sinus et tu bousilles la vie d’un ingénieur son.

– Le djembé de la paix intérieure (édition coaching agile).
Tu peux pas taper sur les gens ? Tape sur une peau de chèvre.
Sauf qu’on entend que t’as envie d’éclater ton manager ou ton banquier.
Mais avec des dreadlocks et des pieds sales.
Et sans sens du rythme.

– Le bol tibétain connecté à Ableton pour faire de la merde en wav.
Ding… et clic.
Voilà, t’as enregistré ta première track de techno spirituelle.
Spoiler : personne n’en veut.

– Le didgeridoo pour bien chier sur la culture aborigène.
Le son d’un rot cosmique joué en tongs par un stagiaire blanc en permaculture.
Tout est gênant.
Absolument tout.

– Le theremin pour introvertis relous.
Traduction en ondes hertziennes de ton incapacité à dire « je vais mal » autrement qu’en tenant les mains en l’air.

– La harpe minimaliste, cordes vegan.
Elle ne sonne pas.
Elle ne sert à rien.
Mais elle est belle en story Instagram.

– Le triangle bienveillant à utiliser pour appeler les enfants : « à table ! »
Parce qu’à force de refuser les cris, t’en es réduite à sonner comme un monastère Montessori.

– Le ukulélé. Toujours lui.
Le bruit de l’abandon.

L’arme du flan qui croit que parce que c’est plus petit, c’est plus facile.

Non.

C’est plus facile à transporter.

Et ça devient officiellement :

L’instrument des soirées où plus personne n’ose dire « c’est chiant » de peur de froisser les vibes.

Et pourtant, Wonderwall à la guitare sèche à l’apéro, c’est easy à endurer par rapport à ça…

POURQUOI J’AI REÇU ÇA ?

Parce que je suis une femme.

Une femme qui :

– Écoute de la musique : elle doit vouloir en jouer.
Non. Je regarde.

– Va en concert : elle est forcément cool et détendue.
Non. On ne va pas dans les mêmes concerts.

– A un cœur sensible : file-lui un ukulélé, qu’elle chante son burn-out au coin du feu.
Non. Quand je déprime, je chante du Rage Against The Machine.

Et pendant ce temps-là, personne n’envoie à Jean-Michel une pub pour un kazoo fluo ou un ocarina thérapeutique.

Non.

Jean-Michel a droit à un drone de guerre ou une montre connectée à ses testicules.

CONCLUSION

Donc la pub.

Range ton ukulélé.

Et va te gratter l’âme au médiator.

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