THEN COMES SILENCE, LE GOTH ROCK ET LA GRANDE QUESTION DU DÉCLOISONNEMENT
Then Comes Silence au Chinois à Montreuil : le trio suédois de « loud dark rock » pose une question derrière son excellent concert. Pourquoi les scènes goth, post-punk et rock restent-elles encore si cloisonnées dans les programmations ?
(Ou comment j’ai fini en nouille vapeur en me demandant pourquoi Micheline avait décloisonné avant les festivals)
J’avais pourtant prévenu tout le monde : Then Comes Silence vient de Suède. C’est sombre, c’est froid, c’est tendu.
J’ai fini en nouille vapeur.
Première fois pour moi au Chinois à Montreuil. Une salle roots, sympa, une scène à portée de main et un système de ventilation reposant manifestement sur la prière.
On était quelque part entre le concert post-punk et le panier en osier.
Perso, j’adore cette ambiance.
Mais j’ai transpiré des genoux quand même.
En poussant la porte, je suis tombée nez à nez avec Alex Svenson, chanteur et bassiste de Then Comes Silence, tranquillement installé au merch.
Or j’avais écrit quelques jours plus tôt qu’il donnait envie de tout plaquer pour aller élever du poisson nordique.
Mon cerveau a immédiatement cessé toute activité supérieure.
Et la température est montée d’un cran supplémentaire.
Troisième contrôle technique de la Volvo suédoise
Sur scène, c’était la troisième fois en quelques mois que je les voyais et, une nouvelle fois, aucune surprise.
Then Comes Silence a fait du Then Comes Silence.
Et c’était cool as fuck.
Troisième contrôle technique de la Volvo suédoise : rien à signaler.
À part la température.
Et l’éclairage qui avait respecté la réglementation des petites salles :
1 200 watts pour le son.
14 leds pour les musiciens.
Une centrale nucléaire dans la grosse caisse visible de l’ISS.
De la fumée.
Et un groupe archi-rodé.
Si vous ne fréquentez pas ce circuit, il est parfaitement possible que vous ne les connaissiez pas.
Et pourtant, ce ne sont pas des perdreaux de l’année.
Le groupe existe depuis 2012. Des albums, des kilomètres, l’Europe, les États-Unis, l’Amérique latine, de gros festivals de la scène dark, un passage chez Nuclear Blast puis Metropolis…
Des routiers.
Musicalement, Alex Svenson a trouvé lui-même la meilleure définition : « loud dark rock ».
Fort. Sombre. Rock.
Et puis j’ai regardé autour de moi
Pour un lundi soir, la salle était très honorablement remplie.
Mais surtout, le public était beaucoup moins uniforme que l’étiquette « goth rock » pourrait le laisser imaginer.
Du goth, certes.
Du post-punk.
Du noir réglementaire.
Des looks travaillés.
Et des Micheline.
Beaucoup.
Vous voyez Micheline.
Elle sort de son boulot chez AXA et n’a pas eu le temps de se changer.
À 17 h 42, elle traitait peut-être un dégât des eaux.
À 21 h 16, elle hochait la tête sur une basse suédoise.
Personne ne lui avait demandé son permis de goth.
Et, surtout, Micheline avait l’air d’aller très bien.
Pourquoi ces groupes sortent-ils si peu de leur propre circuit ?
C’est là que j’ai commencé à me poser une question.
Pourquoi ces groupes sortent-ils si peu de leur propre circuit ?
Pourquoi DITZ et Then Comes Silence, Shame et Corpus Delicti, Model/Actriz et Whispering Sons, Gurriers et Ductape ne pourraient-ils pas avoir accès aux mêmes festivals ?
On me dira qu’une partie d’entre eux relève du goth rock.
Certes.
Mais le goth rock est historiquement une branche du post-punk.
Même arbre généalogique.
Et musicalement, les frontières sont beaucoup moins étanches.
Aucun de ces attelages ne provoquerait donc une déchirure de l’espace-temps.
Surtout dans un monde où SCH peut jouer juste avant The HU.
En outre, j’ai vu dans des festivals rock et post-punk des groupes autrement plus difficiles d’accès et surtout franchement plus mous du genou que la plupart des groupes dits goths.
J’ai une liste.
Je la tiens à disposition.
Alors pourquoi ?
Je pose réellement la question.
Le public, lui, avait déjà décloisonné
Attention : je ne réclame pas qu’on les sorte de leur circuit.
Je m’interroge sur l’étanchéité entre les deux.
Then Comes Silence est d’ailleurs parfaitement chez lui dans cette scène.
Alex Svenson l’a dit lui-même.
Elle lui a donné un public fidèle, des salles, des festivals et une carrière internationale.
Je ne demande surtout pas qu’on l’en sorte.
Je m’interroge.
Parce que ce que j’avais sous les yeux lundi soir, c’était précisément un public qui, lui, avait déjà décloisonné.
Et c’est très bien.
C’est une belle évolution.
D’autant que j’ai connu une scène beaucoup plus conne avec ça.
Au début des années 90, elle était d’ailleurs au climax de sa connerie.
Mauvaises chaussures, mauvais tee-shirt, pas assez « vrai » : tribunal du goth.
Et pourtant, trente ans plus tard, Micheline est entrée au Chinois directement après le bureau.
Elle a écouté.
Elle est ressortie avec toutes ses dents.
Et si ce n’était plus le public qu’il fallait décloisonner ?
Alors je repose la question :
et si ce n’était plus le public qu’il fallait décloisonner, mais les programmations ?
Promis.
On ne sacrifie plus de chatons.
Promis.
Enfin, pas le lundi.


