LE RUNNING ORDER

TO DO LIST RUNNING ORDER

Série de prévention estivale à destination des gens qui disent : « J’ai le temps » alors qu’ils viennent de s’engager dans 2,7 kilomètres de marche entre deux scènes.

À un moment du festival, quelqu’un ouvre le running order.

Il voit deux groupes qu’il adore jouer exactement au même moment.

Il reste immobile.

Puis il regarde le plan.

Puis il regarde sa montre.

Puis il se met à courir.

C’est précisément à cet instant que tu comprends que le running order n’a jamais eu pour objectif d’organiser un festival.

Il sert à départager les faibles.

Diagnostic

Les chercheurs distinguent plusieurs comportements.

Le sprinteur

Il quitte un concert avant le dernier morceau pour être sûr d’arriver vingt minutes en avance au suivant.

Il passera le reste du festival à expliquer qu’il a « tout vu ».

L’optimiste

« Ça passe. »

Non.

Ça ne passe jamais.

Le collectionneur

Il veut voir les trente-six groupes.

À 22 h, il ne sait déjà plus ce qu’il a vu à 15 h.

Le fidèle

Il choisit un groupe.

Il reste jusqu’au bout.

Il découvre ensuite que tout le monde parle d’un concert incroyable qu’il a raté.

Il dort pourtant très bien.

Le cartographe

Il connaît par cœur la distance entre chaque scène.

Il ne lit jamais le running order sans ouvrir le plan.

Il a imprimé.

Fait des flèches.

Il est prêt.

Mais il ne verra pas tout quand même.

Les phénomènes observés

  • Le dernier morceau sacrifié. Tu es obligé de quitter un concert exceptionnel avant la fin parce que le groupe suivant démarre déjà. Tu entends les applaudissements… en courant. Tu apprendras plus tard que le rappel était incroyable. Tu ne t’en remettras jamais complètement.
  • Le concert commencé au fond de la fosse… et terminé devant la scène d’à côté.
  • Le groupe que tu découvres par hasard parce que tu étais perdu.
  • Les dix dernières minutes qui étaient les meilleures.
  • Le rappel entendu à cinquante mètres, pendant que tu cours déjà vers autre chose.
  • Le dilemme permanent : « Je reste… ou je pars maintenant ? »

À faire

  • Accepter qu’on ne verra jamais tout.
  • Prévoir les grands déplacements avant les concerts.
  • Laisser une place au hasard.
  • Rester jusqu’au bout quand un concert est exceptionnel.
  • Boire un coup plutôt que courir, parfois.
  • Se rappeler qu’un festival n’est pas les Jeux olympiques.

Conneries à éviter

  • Annoncer : « Je vais tout voir. » Non. Tu vas crever.
  • Croire Google Maps quand il estime six minutes entre deux scènes. Il ment.
  • Quitter un concert génial « au cas où » l’autre soit mieux. C’est faux.
  • Courir avec une bière pleine. Relou.
  • Oublier qu’il existe des gens entre toi et la scène suivante.

Autres conneries à éviter

  • Découvrir à 18 h que ton groupe préféré jouait… à 15 h.
  • Confondre AM et PM. Oui, ça arrive.
  • Croire que ton pote est « juste devant ». Il ne l’est jamais.
  • Penser qu’une foule s’ouvre naturellement quand tu cries « Pardon ! ». La fosse n’est pas liquide.

Le vétéran

Le vétéran regarde le running order.

Il soupire.

Il raye déjà deux groupes.

Il sait qu’il en découvrira un troisième par hasard.

Et c’est souvent celui-là qu’il retiendra.

Question scientifique

Pourquoi le groupe que tu voulais absolument voir joue-t-il systématiquement en même temps que les deux autres que tu voulais absolument voir ?

Les chercheurs soupçonnent une volonté délibérée des programmateurs de provoquer des crises existentielles.

L’enquête se poursuit.

Conclusion

Le running order ne cherche pas à optimiser ton week-end.

Il cherche simplement à te rappeler qu’on ne peut pas être partout.

Et c’est peut-être ça, un festival : accepter de rater des choses… pour en découvrir d’autres.

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