LE PRIMARY ENTRY OU COMMENT ON VEUT ME VENDRE UN SPRINT VERS ROBERT SMITH

illustration primary entry

Je viens de voir un post de Rock en Seine (où je vais voir The Cure en août) pour vendre des billets Primary Entry.

Et je crois que nous avons franchi un cap dans l’évolution du festival moderne.

Le billet Primary Entry.

Ce n’est pas nouveau, mais il se trouve que j’y suis exposée cet été.

Donc.

Le concept :

✅ Tu payes plus cher.
✅ Tu entres avant les autres.
✅ Tu cours plus vite que les autres.
✅ Tu arrives devant les autres.

Jusque-là, on appelait ça un 100 mètres.

Je suis fascinée.

Parce qu’il y a une chose que tous les vieux fossards savent :

LE PREMIER RANG NE SE GAGNE JAMAIS À L’ENTRÉE.

IL SE GAGNE À 23 H.

Après :

✅ dix heures debout
✅ trois passages aux chiottes
✅ deux bières
✅ un coup de chaud
✅ un mec qui te renverse sa bière sur les godasses
✅ une invasion de slammeurs
✅ une décision stratégique concernant un sandwich merguez

La vraie sélection naturelle commence là.

Pas au portique.

Mais Rock en Seine voit les choses différemment.

Rock en Seine explique :

« Si ton but ultime cette année, c’est de finir les yeux dans les yeux avec ton artiste préféré à la barricade, le billet Primary Entry est ton meilleur allié. »

Déjà, je voudrais saluer l’optimisme.

Parce qu’en quarante ans de carrière, Robert Smith regarde principalement :

✅ ses chaussures
✅ sa guitare
✅ le ciel
✅ le vide existentiel

Mais rarement Gérard de Melun qui a payé 49 € de supplément.

Ensuite, si je traduis le concept :

Tu payes pour faire la queue avant les autres gens qui font la queue.

Puis tu cours.

Pour rejoindre d’autres gens qui courent.

Afin d’obtenir une meilleure position dans une zone où tout le monde finira compressé comme des sardines mélancoliques devant Pictures of You.

Et derrière la zone VIP.

Donc le Primary Entry te permet d’être plus près… d’un endroit où tu ne peux toujours pas aller.

Je reconnais une certaine élégance conceptuelle.

J’imagine déjà les prochaines évolutions

✅ Bronze Entry
Tu entres avant les étudiants et leurs vingt piges (qui vont te rattraper).

✅ Silver Entry
Tu peux dépasser un fan de Cure historique (qui refuse de courir par principe).

✅ Gold Entry
Robert Smith te regarde pendant 0,4 seconde (enfin, c’est ce que tu crois, parce que Bob réfléchit sans doute à la vacuité du monde en fixant un point qui est possiblement pas toi).

✅ Platinum Entry
Tu as le droit de respirer le même air que Simon Gallup (qui a zéro patience pour ces conneries).

Le plus drôle ?

Les organisateurs vendent ça comme un privilège.

Alors qu’ils vendent essentiellement :

LA POSSIBILITÉ DE COURIR.

CONCLUSION

Je refuse de participer à un Hunger Games sponsorisé par Visa Premier.

Si je dois gagner ma place devant Robert Smith, ce sera comme nos ancêtres :

Par l’endurance, la ruse, l’hydratation et un profond mépris pour mes lombaires.

Et si ce pass te permet de supporter la fatigue et le stress, je te comprends.

Mais il ne te servira à rien d’autre.

Parce qu’au final, Robert Smith regardera soit ses godasses.

Soit au loin.

Toi, tu le verras mieux.

Lui continuera à ne pas savoir que tu existes.

Et c’est très bien comme ça.

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