LE FESTIVALIER DANS LA TYROLIENNE

Festivalier suspendu à une tyrolienne au-dessus du public d’un festival de metal

Le festivalier dans la tyrolienne : huit sous-espèces suspendues au-dessus de la fosse et un réceptionniste en claquettes

(Ou comment survoler 40 000 personnes dans une position que même Ryanair n’oserait pas facturer)

Il y a des gens qui vont en festival pour écouter de la musique. D’autres pour boire des bières, retrouver des copains ou passer trois jours à se faire défoncer les cervicales devant des amplis. Et puis il y a ceux qui veulent traverser le festival suspendus par les cou*lles.

J’ai vu fonctionner cette merveille à Alcatraz. Je peux résumer l’expérience ainsi : Gérard, 92 kilos de patchs et de rangers, lancé dans les airs par les parties génitales.

Déjà, j’aimerais savoir qui a eu cette idée.

Quelqu’un, quelque part, a regardé 40 000 personnes massées devant des scènes et s’est dit : « Vous savez ce qui manque ? Des gens qui passent au-dessus. »

Pas des oiseaux. Pas des drones. Des festivaliers. Avec leurs chaussures de sécurité, leur taux d’alcoolémie approximatif et un baudrier qui remonte directement dans les organes reproducteurs.

Il paraît que le Hellfest a également connu les joies de la tyrolienne, avant que l’attraction ne disparaisse du paysage. Je ne sais pas pourquoi. Mais j’imagine volontiers qu’à un moment, quelqu’un a regardé le bilan de l’opération et déclaré : « Bon. On va peut-être arrêter d’expédier des métalleux par câble. »

Parce que ce qui est formidable, c’est qu’il n’existe pas UN festivalier de tyrolienne. Il existe plusieurs sous-espèces, toutes observables depuis le sol, à condition de lever les yeux au moment où passe la prochaine livraison. J’ai observé 45 minutes.

Les huit sous-espèces du festivalier suspendu

✅ Le sac tout mou

Aucune résistance. Aucun tonus. Le baudrier a pris le contrôle de l’organisme. Il pend. Il voyage. Il n’est plus acteur de sa destinée. C’est un jambon sous vide en transit entre deux plateformes.

✅ Le rotatif

Même destination, mais avec une rotation dont personne, pas même lui, ne connaît l’origine. Il est parti face à la scène. Il arrive face au camping. Entre les deux, il a effectué trois tours sur lui-même et probablement revu certaines décisions de sa vie. La NASA cherche encore ce qui l’a mis en rotation.

✅ Le projectile

Deux grosses pompes devant. Jambes tendues. Regard fixe. Il fend l’air comme un missile sol-sol qui aurait raté la partie « sol ». Il n’arrive pas : il est livré. Il ne manque que le numéro de suivi Colissimo.

✅ Le martyr du baudrier

Celui-là souffre. Ça se voit. Le matériel homologué a manifestement décidé de concentrer les 92 kilos de Gérard sur une surface anatomique qui n’avait absolument rien demandé. Son visage indique que ses roubignolles viennent de découvrir une clause du contrat qu’elles n’avaient pas lue.

✅ Le regrettant

Au départ, il trouvait ça formidable. Puis quelqu’un a mis le mousqueton de départ et la gravité a pris le relais. Désormais, il est à quinze mètres du sol, il avance, il ne peut pas descendre et il vient de comprendre que crier « STOP » ne constitue pas une commande reconnue par l’installation. Son visage raconte les trois dernières secondes de sa vie intérieure.

✅ Le colis perdu

Il est parti pour survoler majestueusement le festival. Sauf qu’à mi-parcours, il s’arrête. Plus rien. Il pend au-dessus de la foule comme une décoration de Noël qu’on aurait oubliée en juin. Impossible d’avancer, impossible de reculer. Il vient d’inventer le bouchon sur une route où il est absolument seul.

✅ Le sulfateur

Il décolle avec ses clés, son gobelet, ses lunettes et deux claquettes. Il arrive avec ce que la force centrifuge a bien voulu lui laisser. Entre les deux, il a procédé à une distribution aérienne de ses effets personnels sur 160 mètres.

✅ Le réalisateur

Il a sorti son téléphone. Il va immortaliser cette expérience exceptionnelle. Il pense filmer le festival depuis les airs, les scènes, la foule, le panorama. Il ramènera dix-sept secondes de ciel, un coude, trois pixels de chapiteau et une image de ses propres genoux. Le tout accompagné d’un bruit de vent qui ferait passer une turbine d’Airbus pour un ventilateur de bureau.

Le réceptionniste : l’homme qui récupère les Gérard

Et puis, au bout de cette chaîne logistique de la connerie humaine, il y a le réceptionniste. Et lui, mes amis, c’est le personnage secondaire qui vole le film.

Parce que contrairement à tous les autres, il n’a rien demandé à l’aventure.

Il est grand, sec, en claquettes. Il attend.

Au loin, une nouvelle forme humaine vient de quitter la plateforme. Il dispose de quelques secondes pour établir son diagnostic.

« Bon. Celui-là tourne. »

Ou : « Ah. Pompes en avant. »

Ou simplement : « Putain, il est stock. »

Il a déjà vu passer des centaines de Gérard. Des Gérard en boule. Des Gérard en étoile. Des Gérard qui moulinent des jambes. Des Gérard qui arrivent en marche arrière alors qu’ils étaient pourtant partis dans le bon sens.

Il sait.

Il sait surtout qu’il va falloir récupérer tout ça.

Alors il écarte ses immenses bras d’araignée et réceptionne le prochain mammifère suspendu, avec le calme professionnel d’un homme qui a définitivement renoncé à comprendre l’humanité.

Et le plus beau, c’est qu’une fois la dernière livraison effectuée, il ramasse les baudriers de tous ces cons, se les fout sur le dos et repart à travers le festival.

En claquettes.

Comme si absolument rien d’anormal ne venait de se produire.

Pendant ce temps, quelque part dans le camping, Gérard découvre que s’asseoir sur une chaise est devenu une négociation.

Prochainement : la ligne jaune. Le point G du son.